Le 21 avril 2021, dans le cadre de la programmation OFF du Tech for Good Tour, Marion du Mouvement associatif des pays de la Loire et Camille de la Ligue de l’enseignement de la Mayenne animaient un wébinaire de présentation des outils libres que le réseau associatif ligérien a mis en place pour ses adhérent·es comme alternatives aux logiciels des géants du web.

« Dans l’éducation populaire on défend l’émancipation citoyenne, on encourage le développement de communautés actives dans des organisations horizontales, etc. Les logiciels open source reflètent nos valeurs »

Grâce à un accès à la  « recette de cuisine »  des logiciels que l’on utilise, des communautés peuvent s’approprier et adapter leurs outils informatiques. A contrario, les GAFAM (les géants du web : google, appel, facebook, amazon, microsoft), en coupant l’accès des usager·es aux contenus des logiciels qu’ils et elles utilisent? ont empêché cet usage collectif du web.

De plus, les géants du web en s’octroyant des droits sur nos données personnelles font courir un grand risque pour les valeurs démocratiques que l’on défend. Décentraliser le web c’est aussi revenir à un web de pair à pair, court-circuitant ainsi les grandes compagnies qui capitalisent sur l’hébergement de nos données. Il s’agit donc de présenter ici deux outils qui permettent de récupérer notre pouvoir sur la façon dont on utilise internet : Framaligue et Peertube.

Framasoft et C.H.A.T.O.N.S

Framaligue c’est une utilisation d’outils développés par Framasoft et adapter à ses usages par la Ligue de l’enseignement. Framasoft est un collectif de developpeur·euses qui a la volonté de « dégoogleliser internet ». Il a développé tout un tas d’outils libres et open source pour remplacer les logiciels privés qui ont envahis nos vies numériques. A partir d’un moment, trop de personnes se sont intéressées à ces outils et l’hébergement a commencé à être très lourd pour le collectif. Il a donc décidé de créer un réseau d’associations pouvant créer de petits serveurs à domicile pour permettre un hébergement local des données. C’est la naissance de C.H.A.T.O.N.S, le Collectif des Hébergeurs Alternatifs, Transparents, Ouverts, Neutres et Solidaires.

Framaligue.org

A terme la ligue de l’enseignement souhaite pouvoir proposer à chacun de ses membres des outils d’organisation numérique open source mais il ne s’agit pas ici de recréer un internet centralisé, mais plutôt d’inciter un maximum d’organisations à créer leurs propres serveurs, de choisir et adapter leurs logiciels à leurs besoins spécifiques. A titre d’exemple, la ligue de l’enseignement 53 a mis en place framaligue qui regroupe une base de données, « rocketchat » une messagerie professionnelle sécurisée, des agendas partagés qui permettent d’organiser en quelques clics des réunions avec ses collègues, un outil de questionnaire qui permet de faire des sondages ou des bilans auprès de nos adhérent·es, etc.

Peertube

Le Mouvement Associatif des Pays de la Loire a décidé de se doter d’un outil d’hébergement de vidéos libre. Peertube est un outil qui se développe déjà beaucoup puisque que l’éducation nationale et la cinémathèque française l’ont déjà adopté. Ce logiciel qui se veut une alternative à Youtube (google), est libre et respecte les données personnelles. C’est aussi un levier de fédération entre différentes communautés. En effet on peut créer plusieurs instances qui se fédèrent entre elles pour partager des vidéos entre les groupes et avec le public.

L’auto-hébergement

Stocker des milliers de vidéo et de photos dans des machines à l’autre bout de la planète n’est pas seulement polluant mais aussi dangereux pour l’usage qui en sera fait. Décider de s’autonomiser sur la question du stockage en mettant en place de petits serveurs locaux et dont on connait les règles d’usage des données est une grande étape pour prendre conscience de ce phénomène. C’est pourquoi la Ligue de l’Enseignement de Mayenne a aussi décidé de proposer à de nombreuses structures associatives locales d’utiliser le lieu de stockage (cloud) qu’elle a mis en place dans ses locaux. Chacun et chacune pourrait s’autonomiser sur ces questions d’hébergement en développant localement des serveurs de petite taille : si je me sens plus en confiance quand je consomme les carottes du producteurs du coin, je peux aussi faire cet effort sur le stockage de mes données personnelles ?

Une acculturation facile et des améliorations constantes des outils

Il est intéressant que ces outils, contrairement aux outils développés par les GAFAM, permettent de communiquer directement avec l’équipe qui les développe. Si on rencontre un problème ou si on constate un manque, il est possible de créer des messages aux administrateurs·rices. Il peut parfois y avoir quelques difficultés d’acculturation mais grâce à des actions de formation et une communauté active d’aidants, elles sont souvent vite dépassées. Les témoignages des participant·es au wébinaire confirment cette facilité de prise en main. Plusieurs d’entre elles étaient à priori très éloignées des innovations technologiques (une majorité de gens présents sont des personnes en retraite, bénévoles associatifs) et pourtant ils et elles étaient nombreu·ses à partager leurs retours très positifs sur la prise en main de ces nouveaux outils.

On s’y met ?

On pourrait imaginer un monde où chaque utilisateur·ice d’internet s’autonomiserait sur les outils utilisés et gérerait soi-même son stockage de données. Cette utopie est bien réelle ! Pour commencer il faut faire l’effort d’utiliser, chaque fois que c’est possible, des alternatives libres aux logiciels dans nos quotidiens. Mettre en place son propre serveur parait peut-être l’étape ultime mais sans s’y plonger tout de suite il est déjà possible de se rapprocher de serveurs locaux et gérés de manière non-lucratives. Pour commencer on peut aisément suivre ce cycle de formation en trois épisodes qui nous dit tout sur l’auto-hébergement.

Un monde plus solidaire et durable est possible, pour l’inventer chaque clic compte !

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