Plusieurs dizaines de personnes se sont connectées ce jeudi 15 avril pour la deuxième soirée thématique du Tech for Good Tour 2021 : « La tech au service de l’emploi pour toutes et tous ». De Nantes, Saint Étienne ou Paris, les curieux et les curieuses ont rejoint cette table-ronde autour des enjeux d’inclusion dans l’emploi grâce au numérique. Après une rapide présentation du Tech for Good Tour par ses initiateurs, les associations makesense et Latitudes, ainsi que de ses partenaires financiers, nous sommes entrés dans le vif du sujet.

Discrimination et chômage : des catastrophes sociales

D’après une étude du Pôle Emploi, d’ici 2022, on estime à 191 000 le nombre de nouveaux postes qui seront à pourvoir dans les métiers du numérique. Hélas, toutes les populations n’ont pas les mêmes chances d’accéder à ce secteur prometteur et quand on sait qu’en France le chômage serait  la cause de 45 000 suicides par an, on mesure l’importance d’une meilleure inclusion dans l’emploi pour chacun et chacune. Les personnes issues des quartiers populaires, les ex-détenus, les femmes ou les seniors, se sentent souvent illégitimes pour prétendre à ces postes alors même qu’ils et elles ont parfois toutes les qualités requises pour se former à ces métiers. Pour contrer ce phénomène, des associations et des entreprises sociales les encouragent et les accompagnent, les aident à identifier leur potentiel et les forment. Certaines d’entre elles étaient réunies ce soir pour présenter leurs actions dans ce sens.

Le numérique : un secteur d’avenir pour tout le monde ?

Pour  entrer dans le vif du sujet, la soirée a débuté avec un exposé poignant sur le rapport des ex-détenus à l’emploi par Brieuc le Bars, fondateur de CodePhenix. Les détenu·es subissent dans la réalité, bien plus que leur seule peine de prison. A leur sortie du milieu carcéral, les rouages de la misère et de l’exclusion prolongent trop souvent leur condamnation. Ce cycle infernal de décrochage permet rarement leur réinsertion dans la société et on constate que 63% d’entre eux se retrouvent dans des situations de récidive dans les 5 ans après leur peine de prison ferme. Le projet CodePhenix, grâce à un cycle de formation au codage informatique et d’accompagnement vers l’emploi dans le numérique à l’intérieur du cadre pénitencier puis à la sortie de prison, a pour but de rompre ce cercle vicieux.

Toutefois, même sans aller dans ces situations très particulières, l’inégalité des chances face aux emplois dans le secteur du numérique est parfois le résultat de discriminations tristement banales. Être une femme, un sénior ou une personne issue des quartiers populaires – en un mot ne pas coller au stéréotype du « geek » – créé souvent un sentiment d’imposteur chez ces publics. D’après une étude de France Stratégie, le manque à gagner lié aux préjugés à l’embauche serait de 150 milliard d’euro, soit 7% du PIB. Dès lors, il semble indispensable de redonner à ces personnes la confiance en soi qu’elles méritent. Armand qui représente  Diversidays, association de promotion de la diversité dans le numérique, abondera dans ce sens en rappelant que dans un quartier populaire les jeunes ont 30% de moins de chance de se positionner sur les emplois du numérique, pourtant très porteurs.

Permettre à chacun·e de croire en soi grâce aux outils de valorisation des compétences

La ligue de l’enseignement, le Pôle Emploi, ou la Fondation Mozaik, œuvrent au quotidien auprès de ces publics minorisés pour leur permettre d’identifier leurs compétences et les mettre en avant. C’est avec cet objectif que la Fondation Mozaik a développé sa plateforme « Diversifiez vos Talents ». En leur permettant de mettre en avant, non seulement leur formation formelle mais aussi leur soft skills, les connaissances acquises tout au long du parcours de vie, elle aide les chercher·euses d’emploi à lutter contre les biais cognitifs qui les éloignent de certains secteurs.  Dans cet objectif la Ligue de l’enseignement met aussi en avant l’utilisation des open badges, ces outils numériques où sont enregistrés des compétences acquises au cours de différentes expériences. Ils permettent de rendre compte avec plus de finesse de profils complexes ou atypiques des candidats à l’embauche.

C’est aussi dans cet esprit de valorisation des parcours de chercheur·euses d’emploi que s’est créé, il y a 36 ans, un réseau de citoyens : Solidarités Nouvelles face au Chômage ( SNC). Grâce aux outils numériques, ce réseau de bénévoles qui partagent un peu de leur temps ou de leur revenu avec une personnes chercheuse d’emploi, ont pu s’organiser de façon horizontale sur le territoire français. Mais SNC c’est aussi la volonté de donner la parole aux personnes chercheuses d’emploi grâce à la plateforme « Expressions ». Elle permet de recueillir leurs ressentis face à leur recherche d’emploi car reprendre confiance en soi, passe aussi par la possibilité d’être entendu.

Des formations au numérique inclusives

Enfin, dans la lutte contre l’exclusion et le chômage, la formation reste une clé de voute. Afin de permettre aux publics en décrochage d’acquérir les compétences requises, des écoles se réinventent dans une volonté d’être plus inclusives. C’est le cas de Webforce3 et la Wild Code School. Des écoles informatiques qui ne demandent pas de qualification préalable mais basent leur sélection sur la simple motivation des candidat·es. Rompre les cercles de l’exclusion, redonner confiance en soi aux personnes stigmatisées, leur permettre d’acquérir de nouvelles compétences, le numérique est un formidable outil pour combattre l’inégalité des chances.

Toutefois, les outils numériques demandent une attention permanente pour être toujours plus efficaces pour leurs usager·es. A titre d’exemple, Pôle Emploi s’est récemment aperçu que plus de 50% des connexions à sa plateforme sont désormais faite depuis des smartphones et souvent par des personnes qui n’ont pas de facilités à utiliser les outils numériques ou une bonne maîtrise du français écrit. Il est donc primordial d’y réfléchir en partenariat avec le monde associatif mais aussi avec les bénéficiaires afin d’adapter les outils numériques en permanence. Ainsi, Pôle Emploi s’inscrit dans une forte politique d’open data, car le fait de partager les données sur la recherche d’emploi permet à d’autre (des startups, des universitaires, des collectivités locales, etc) de faire de l’analyse fine sur l’offre d’emploi et de donner à un maximum de citoyen·nes le meilleur accès possible à l’offre.

« Changeons de regard !
Changeons de regard sur les services publics de l’emploi !
Changeons de regard sur les employeurs !
Changeons de regard sur les chercheurs et chercheuses d’emploi ! »

Vincent de Solidarités Nouvelles face au Chômage

Afin de conclure cette soirée passionnante, les intervenant·es ont tenu à rappeler que les outils numériques sont très efficaces pour aider l’accès à l’emploi, mais qu’ils ne sont pas des solutions miracles. Il reste en France des zones blanches et des personnes très éloignées des outils numériques. Dès lors, la solidarité quotidienne et le contact humain restent le premier pas indispensable pour l’inclusion de toutes et tous dans le monde de demain.  Chacun et chacun·e d’entre nous a le pouvoir de donner quelques heures dans sa semaine pour aller à la rencontre des personnes éloignées de l’emploi, les aider dans leur démarches, comprendre les biais qui les en éloigne et les aider à reprendre confiance en soi !