Peu de gens connaissent l’impact carbone de leur argent

Ce soir du 22 avril, étaient réunis des acteurs de la finance responsable pour la troisième soirée thématique du Tech for Good Tour 2021 : « La tech au service d’une finance responsable ». Le premier outil qui a été présenté ce jour est Carbo, une application gratuite qui permet aux consommateurs et consommatrices mais aussi aux entreprises de calculer leur impact carbone. Ce projet est né d’un constat : malgré que 72% des francais·es sont sensibles à la problématique écologique (ça monte à 90% chez les 18-24 ans) peu de personnes se saisissent vraiment du sujet pour faire bouger les choses. En effet trois biais freinent notre engagement : la complexité du sujet, le sentiment de déresponsabilisation et la distanciation des enjeux.

En mettant en place une application ludique et accessible au plus grand nombre, Carbo essaie d’amplifier la prise de conscience du phénomène pour donner à chacun·e l’envie de réduire son impact négatif sur les écosystèmes. En traduisant chacune de nos actions en empreinte carbone, l’application entend motiver des changements de comportement. C’est aussi un levier de pédagogie pour les entreprises et les consommateur·ices.

Notre argent : de loin le plus gros pollueur de la planète

Si des changements dans les habitudes de consommation quotidienne sont en cours à l’échelle des citoyen·nes, peu d’entre nous ont conscience que l’argent que nous avons à la banque est la première source de pollution. On pollue tout le temps certes, mais la majorité de notre impact CO2 ne découle pas de notre usage de la voiture ou du chauffage de nos maisons, c’est surtout notre argent qui a un impact négatif sur l’environnement. A partir du moment où on a de l’argent à la banque, que ce soit de l’épargne ou bien sur notre compte courant, il sert à faire des investissements. Ces investissements, motivés par des recherches de profits à court termes vont rarement dans le sens de la société plus sobre et solidaire que nous sommes pourtant nombreux·euses à espérer.

A priori on n’a aucune idée de ce que fait notre argent quand il est sur notre compte courant. On a l’impression que cet argent dort, il ne nous rapporte rien, mais en fait il est en train de polluer en finançant, par exemple des mines à charbon en Indonésie, des explorations de pétrole ou de gaz de schiste, etc. A partir des années 2000, Oxfam, l’ONG belge de lutte contre la pauvreté, a commencé à s’interroger sur les causes de cette pauvreté et notamment sur les causes du changement climatique. Conclusion : sur le podium des trois entreprises françaises les plus polluantes il y a trois banques. Crédit agricole, BNP Paribas, Société Générale émettent autant de CO2 chaque année que l’ensemble de la société française !

Pour se donner une idée précise, gardons en tête que 5000 euros placés dans une banque traditionnelle émet 3 à 4 tonnes de CO2 par an. Mais sachant cela, pourquoi la finance reste-t-elle l’angle mort de l’engagement citoyen ? L’industrie bancaire entretien une opacité autour de la finance qui crée un sentiment d’illégitimité des citoyen·nes à interroger leur banque. Pourtant ce n’est pas si sorcier et il est possible avec les nouveaux acteurs bancaires, de changer de banque en quelques clics.

Oui ! Des alternatives existent

Nous sommes en droit d’exiger une finance responsable qui serait basée sur une économie réelle et créatrice d’emploi sur les territoires en favorisant les circuits courts. Cette finance que nous réclamons serait vertueuse, donc écologique mais aussi socialement éthique en permettant de créer des emplois stables. En effet à l’heure actuelle le secteur financier est 4 fois et demie plus important que le PIB mondial : en fait pour un euro mis dans le circuit, c’est 4 euros qui partent dans la financiarisation. Il faut reconnecter l’argent avec les réalités des territoires.

Plus transparents, plus engagés, de petits services bancaires apparaissent pour équiper le citoyen par des solutions digitales afin de lui rendre son pouvoir d’agir via son épargne. C’est le cas de Lita par exemple, qui propose une plateforme de crowdfunding pour financer l’économie réelle et une application, rift, qui scanne l’impact sociétal et environnemental de vos comptes courants, livrets A et assurances-vie. C’est aussi l’ambition de We do good une plateforme de financement qui garantit la possibilité d’investir dans un actif précis d’une entreprise : on sait exactement où va son argent. En plaçant des sous chez We do Good, ce ne sont pas des investissements au capital que l’on effectue mais plutôt une avance sur revenu donc l’investisseur reçoit ensuite des royalties de l’entreprise soutenue.

La jeune entreprise Helios aussi veut combiner la tech et l’engagement social et environnemental. Cette nouvelle banque s’engage à ne financer aucun secteur qui participe au réchauffement climatique ou à la destruction des écosystèmes et à contrario, finance des transports en communs ou des énergies renouvelables. Changer de banques pour aller vers ses nouveaux acteurs est simple comme quelques clics et accessible dès 10 euros. Mais ce geste rapide est aussi hautement politique, il nous permet certes de donner tout de suite une autre direction à notre argent, mais aussi de faire comprendre aux grands groupes bancaires que nous sommes en attente de plus de transparence et d’engagement.

Il semble que la Banque Postale commence à comprendre que la finance peut être le levier efficace que les client·es réclament. Avec l’idée que les projets de petites tailles, souvent plus ambitieux mais plus marginaux aussi, ne pourront pas seuls changer le monde de la finance, la banque postale a créé plateforme 58. Cet incubateur de la Banque Postale s’attache désormais à identifier les nouveaux services dans le secteur bancaire et assurantiel pour les accompagner et les aider à se développer. Car finalement, où est-ce qu’on peut faire bouger le plus vite les chose ? Est-ce qu’il vaut mieux placer son argent dans un projet ambitieux mais de petite taille ou tenter de faire bouger les grands groupes ?

Quelle que soit la stratégie adoptée, ce qu’il faut garder en tête c’est notre pouvoir d’agir concrètement à tous les échelons et exprimer nos exigences.

Alors qu’est-ce qu’on fait demain pour faire bouger les banques ?

Autant certaines choses semblent bouger rapidement dans les secteurs de l’alimentation, du textile, etc. autant dans nos choix financiers on se sent vite démuni·es. Pourtant ce sont nos positions au quotidien qui obligent les banques à faire les choix politiques. Certes il faut espérer une régulation du secteur par le pouvoir public qui se fait trop attendre mais nous pouvons déjà agir au quotidien. Concrètement on peut :

  • jauger de l’impact général de notre banque grâce aux études annuelles d’OXFAM
  • interpeller son conseiller bancaire sur l’utilisation qui est faite de notre argent grâce à l’application bank.green qui met aussi à notre disposition des courriers type à lui transmettre
  • claquer la porte et aller vers les nouveaux acteurs d’une finance responsable, si sa réponse ne nous satisfait pas
  • finalement investir uniquement dans des boites qui font la différence.

Car oui ! Chaque euro compte pour changer le monde de la finance !